Alors que le monde célèbre chaque 30 mars la Journée internationale du zéro déchet, une initiative de l’ONU visant à promouvoir des modes de consommation et de production durables, à sensibiliser à la réduction des déchets, à la gestion durable des ressources et à l’économie circulaire pour lutter contre la pollution, la ville de Bukavu, dans l’Est de la RDC, présente un tableau préoccupant, voire alarmant.
La ville, pourtant dotée d’un potentiel environnemental exceptionnel grâce notamment au lac Kivu, semble aujourd’hui étouffer sous le poids de ses propres déchets : caniveaux transformés en dépotoirs, plastiques flottant à la surface du lac, fosses septiques déversées dans les caniveaux et dans le lac Kivu, déchets abandonnés le long des routes, incinérations de déchets à ciel ouvert, ravins transformés en dépotoirs, absence d’un dépotoir efficace et de mesures contraignantes.
Une crise environnementale visible au quotidien
Il ne s’agit plus d’un problème ponctuel, mais d’une réalité quotidienne. Lors des pluies, les caniveaux bouchés débordent, charriant des tonnes de déchets vers le lac Kivu, devenu peu à peu le réceptacle des négligences humaines. Les fosses septiques déversées dans le lac aggravent encore la situation, exposant la population à de graves risques sanitaires.
Dans plusieurs quartiers, les dépotoirs sauvages se multiplient. Lors des conférences organisées dans le cadre du Mois vert à Bukavu, des scientifiques ont révélé avoir identifié plus de 350 dépotoirs sauvages à Bukavu. Plus inquiétant encore, des ravins sont progressivement transformés en décharges à ciel ouvert, accentuant l’érosion, les glissements de terrain et la dégradation de l’environnement urbain.
Des pratiques dangereuses et incontrôlées
Certaines initiatives dites de « valorisation » des déchets posent également problème. Faute d’encadrement et de technologies appropriées, des entrepreneurs font fondre les plastiques dans des marmites à ciel ouvert, libérant des fumées toxiques dangereuses pour la santé et l’environnement.
Par ailleurs, une pratique de plus en plus répandue consiste à payer des enfants pour aller jeter les déchets de manière anarchique, souvent dans les caniveaux, les ravins ou les espaces publics. Une situation qui soulève non seulement des préoccupations environnementales, mais aussi éthiques et sociales.
Lors des travaux communautaires dits « SALONGO », organisés chaque samedi, l’incinération des déchets à ciel ouvert, devenue une pratique courante, libère dans l’air des substances toxiques nocives pour la santé humaine. Pendant ce temps, les plastiques continuent d’envahir les espaces publics et les écosystèmes aquatiques, mettant en péril la biodiversité et les moyens de subsistance de nombreuses familles.
Un autre facteur clé aggrave la situation : le faible abonnement des ménages aux services d’évacuation des déchets. Beaucoup de foyers choisissent encore de ne pas s’abonner, soit par manque de moyens, soit par négligence.
Cette situation favorise les dépôts anarchiques, l’accumulation des déchets dans les quartiers et le recours à des pratiques dangereuses comme le rejet dans les caniveaux, les ravins ou le lac. Sans une adhésion massive des ménages à ces services, toute politique de gestion des déchets reste fragile et inefficace.
Urbanisation anarchique et pressions sur la ville
À ces pratiques s’ajoute un autre facteur aggravant : la construction sur des sites impropres. À Bukavu, certaines habitations sont érigées dans des zones à haut risque, notamment sur des pentes instables, dans des ravins ou à proximité des caniveaux.
Certaines communes se retrouvent aujourd’hui saturées par des constructions désordonnées, sans respect des normes d’urbanisme. Cette pression accentue la difficulté de gérer efficacement les eaux usées, les eaux de pluie et le ruissellement.
Ces constructions anarchiques favorisent des catastrophes récurrentes telles que les éboulements, les inondations et les destructions d’habitations lors des fortes pluies. Elles aggravent également la mauvaise gestion des déchets, en obstruant les voies d’évacuation des eaux et en transformant certains espaces en dépotoirs incontrôlés.
Un vide dans les mesures contraignantes
Au-delà des comportements individuels, un autre problème majeur persiste : l’absence de mesures réellement contraignantes. Les règles existent parfois, mais leur application reste faible, voire inexistante.
Sans contrôle rigoureux, sans sanctions dissuasives et sans politique claire de gestion des déchets et d’urbanisation, les mauvaises pratiques continuent de prospérer. Le résultat est visible : une ville submergée, où l’incivisme environnemental devient la norme.
Une responsabilité partagée
Il serait réducteur de faire porter toute la responsabilité aux autorités. Certes, le manque d’infrastructures adaptées, l’insuffisance de suivi et l’absence de régulation sont des facteurs déterminants. Mais la responsabilité est également citoyenne.
Chaque geste compte. Ne pas s’abonner aux services d’évacuation, jeter un déchet dans un caniveau ou construire dans une zone à risque contribue à aggraver la situation.
Le zéro déchet et un environnement sain ne peuvent être atteints sans un changement profond des mentalités.
Des initiatives encourageantes à consolider
Malgré ce tableau préoccupant, des efforts méritent d’être salués. La campagne « Bukavu ville verte », organisée dans le cadre du Mois vert sous l’impulsion du Bureau de la coopération suisse en RDC, a constitué un cadre important de mobilisation et de réflexion collective.
Autorités publiques, académiques, organisations de la société civile, médias, artistes et citoyens s’y sont réunis pour échanger sur les défis environnementaux de la ville et proposer des solutions concrètes.
Parmi les résultats notables : plus de 20 000 arbres plantés, notamment sur des sites à risque, l’émergence de plusieurs idées innovantes de protection de l’environnement et une prise de conscience collective autour de la nécessité d’agir.
Ces initiatives montrent que Bukavu dispose des ressources humaines et des idées nécessaires pour amorcer un véritable changement.
TERRA NOVA RDC a.s.b.l, en tant qu’organisation de communication pour le développement, reste déterminée à poursuivre sa mission d’information, de sensibilisation et d’éducation sur les questions environnementales, de santé et de bonne gouvernance.
Déogratias CUBAKA


