Plusieurs jeunes collecteurs, employés par des associations d’évacuation des déchets à Bukavu, dans le Sud-Kivu, travaillent sans équipements de protection individuelle.
Gants, bottes, casques, masques… ces équipements sont quasiment inexistants pour la majorité d’entre eux. Pourtant, ils manipulent quotidiennement des déchets de toute nature : plastiques, restes alimentaires, eaux usées et parfois même des déchets médicaux.
Derrière ce service essentiel de collecte et d’évacuation des déchets se cache une réalité préoccupante : une exposition quotidienne à des risques sanitaires majeurs.
« Nous travaillons souvent à mains nues, sans gants ni masque. Quand on en a, ils sont déjà usés », confie à TERRANOVA.CD un jeune collecteur rencontré dans un quartier de Bukavu
Les blessures sont fréquentes, notamment des coupures, des infections cutanées et des irritations. A cela s’ajoute une exposition constante aux odeurs nauséabondes et aux gaz issus de la décomposition des déchets.
Contacté par TERRANOVA.CD, le CT Bonhomme Kalimira, épidémiologiste de terrain (FETP), évoque des risques élevés pour ces travailleurs qui manipulent les déchets sans protection. Par contact direct avec les déchets, ils sont exposés à des maladies telles que les hépatites B et C, le tétanos, les infections cutanées, ainsi que des affections respiratoires comme l’asthme et la bronchite.
« Oui, ils sont nettement plus exposés, à un niveau de risque élevé. Il s’agit d’une exposition professionnelle directe, souvent cumulative. Les principaux risques infectieux liés au contact avec des déchets contaminés incluent les hépatites B et C, et le VIH/SIDA, notamment en cas de blessures causées par des objets tranchants comme des aiguilles ou du verre. Il existe également des infections bactériennes et parasitaires, telles que le tétanos, la leptospirose et diverses parasitoses. A cela s’ajoutent des risques respiratoires liés à l’inhalation de poussières, de bioaérosols ou de fumées toxiques », explique-t-il.
L’épidémiologiste souligne également des risques chimiques liés à l’exposition à des métaux lourds (plomb, mercure), à des solvants ou à des déchets médicaux, pouvant entraîner des effets toxiques chroniques, notamment neurologiques, rénaux ou hépatiques.
A ces risques s’ajoutent des dangers physiques, tels que les coupures, les piqûres et les traumatismes. A long terme, ces travailleurs peuvent également développer des maladies chroniques, voire des cancers.
Selon lui, plusieurs facteurs aggravent la situation à Bukavu : l’absence de tri des déchets à la source, la forte densité urbaine, l’insuffisance des systèmes d’eau et d’assainissement, un climat favorable aux agents pathogènes, ainsi que le caractère informel et peu réglementé de cette activité.
Il recommande ainsi le port systématique d’équipements de protection (gants résistants, bottes, masques, vêtements adaptés), la vaccination contre des maladies comme l’hépatite B et le tétanos, ainsi que la formation des collecteurs aux risques sanitaires et l’amélioration de leur accès aux soins.
A Bukavu, la gestion des déchets ne concerne pas seulement l’environnement. Elle touche directement à la santé publique et à la dignité des travailleurs.
Ces jeunes, qui contribuent chaque jour à la propreté de la ville, ne devraient pas payer ce prix.
Rédaction : TN – Déogratias Cubaka